vendredi 16 décembre 2011

La traque du boson de Higgs


A-t-on trouvé le boson de Higgs ? Non, n'en déplaise au Daily Mail qui titre: "God particle found:Atoms smasher reveals Higgs Boson, the key to the Universe" (rien que ça).


Quelle était l'annonce du CERN si importante dans ce cas ?
Et bien pour résumer, le CERN a trouvé un signal qui pourrait être celui du boson recherché avec une masse entre 124 et 126 GeV en utilisant deux expériences différentes avec une probabilité d'erreur respectivement de 1/1000 (ATLAS) et 1/100 (CMS).
Ces probabilités ne sont néanmoins pas suffisantes pour conclure. Les scientifiques espèrent pouvoir trancher fin 2012.


En quoi la découverte où la non découverte du boson de Higgs est-elle importante pour la physique ?
L'existence du boson de Higgs permettrait de conforter, même à grande énergie, le modèle standard qui décrit aujourd'hui parfaitement le monde de l'infiniment petit. Il a été prédit par la théorie et expliquerait pourquoi les particules ont une masse. Ainsi la masse d'une particule dépendrait de l'intensité avec laquelle cette dernière interagit avec le boson.


Est ce que l'on aura tout compris après cette découverte ?
Oh que non.....


Il est amusant de constater que les modèles utilisés en physique fondamentale non seulement décrivent avec exactitude les phénomènes physiques que nous observons, mais prédisent également l'existence de particules non encore découvertes.
Ces particules prédites par les équations (dont fait partie le boson), puis découvertes par des expériences ultérieures témoignent du fonctionnement actuel de la physique.

Il y a quelques siècles, les scientifiques observaient des phénomènes et élaboraient des théories pour les expliquer. Aujourd'hui, cette démarche est certes toujours appliquée. Mais une nouvelle approche la complète désormais: ces mêmes théories prédisent l'existence de particules encore jamais observées. 

La convergence de ces deux approches, lorsqu'elle a lieu, donne une validité exceptionnelle aux théories scientifiques.

Cependant, une fois de plus, nous constatons l'humilité de la démarche scientifique (probabilités nécessaires avant de faire une annonce, efforts impressionnants déployés pour trouver ou ne pas trouver le boson qui risque autant de conforter la théorie .... que de l'invalider). Ah si les croyants de tous poils mettaient autant de zèle à valider leur dire, la totalité des dogmes et des pseudos sciences seraient éradiqués en quelques heures.

Que ceux qui parlent encore de scientifiques bornés chassent de leur esprit ce vilain oxymore.






Pour en savoir plus sur le boson de Higgs, je vous recommande le dossier spécial du CEA téléchargeable en pdf ici.




lundi 12 décembre 2011

Annonce du Cern sur le Boson de Higgs demain

Demain sera un grand jour au CERN. Je vous conseille de surveiller ce lien http://webcast.web.cern.ch/webcast/.
On en reparle très bientôt.

mardi 28 juin 2011

Accident nucléaire et probabilité

Comment un grand journal français peut-il sérieusement publier un article faisant état "d'une probabilité de plus de 100% d'avoir un accident nucléaire majeur en Europe dans les 30 prochaines années" ? Surtout quand le papier est cautionné par un ingénieur et un physicien nucléaire ?
Plus d'information en suivant ce lien (tout est dit :)) 

jeudi 7 avril 2011

Dieu et la Science

Il suffit que le célèbre astrophysicien Stephen Hawkins face son coming-out en clamant son athéisme pour que le débat entre Dieu et la Science soit relancé.

Le politiquement correct veut que les deux ne soient pas antinomiques à l'image de ce qu'aurait déclaré le Pape Jean-Paul II à Stephen Hawkins:
Nous sommes bien d'accord, monsieur l'astrophysicien. Ce qu'il y a après le big bang c'est pour vous, et ce qu'il y a avant, c'est pour nous.
( Sans doute Hawkins tenta t'il d'expliquer (en vain) que l'avant Big Bang n'a pas de sens puisque l'espace et le temps sont apparus avec le Big Bang. Si la théorie du Big Bang est exacte, il n'y a pas "d'avant".)

Cette compromission arrange d'ailleurs les deux partis, d'une part les religieux dont le dogme ne cesse d'être adapté pour coller à chaque nouvelle découverte scientifique, d'autre part les scientifiques qui redoutent les intrusions spiritualistes qui donnent lieu à toutes sortes de dérives délirantes (cf. Jean Staune qui prétend utiliser la science pour justifier l'existence de Dieu ).

Sachant que la grande majorité de la population mondiale est croyante et que la plus grande partie des scientifiques qui s'intéressent à la question (condition nécessaire mais non suffisante...) sont athées ou agnostiques (c.f. cet article), il y a pourtant de quoi se poser la question quant à la compatibilité de la Science avec la Religion.

La Science
La Science s'appuie sur la démarche scientifique qui est le moyen le plus fiable d'acquérir de nouvelles connaissances. Le moteur de la science, c'est l'ignorance. Le jour où l'on saura tout, il n'y aura plus de chercheurs. D'où l'absurdité de remarques du type "la Science ne peut pas tout expliquer".
  • la science existe justement pour s'attaquer à l'inexpliqué.
  • la formule donne l'impression qu'il y aurait ne autre source explicative alternative à la science. Or la science est, avec ses limites, la seule source possible de connaissance fiable.
  • inexpliqué n'est pas inexplicable: il y a plein de choses que l'on ignore, mais prétendre que c'est inexplicable est très présomptueux. Affirmer qu'un phénomène incompris est inexpliqué est bien plus prudent.
Comme nous l'avons vu, la démarche scientifique est la méthode la plus humble, la plus ouverte pour tenter de comprendre ce qui nous échappe. La plus humble car elle suppose le moins possible. La plus ouverte car elle est prête à reconnaître ce qu'elle constate, même si cela est contraire à l'intuition humaine, qu'elle sait faillible.

La Religion
D'un autre côté, la religion s'appuie sur des dogmes, des vérités décrétées et absolues. Elle est supportée par la foi qui n'est autre que l'inverse de la démarche scientifique. En effet, avoir la foi c'est admettre quelque chose et ne plus en douter, même lors de preuves contraires (le doute est l'ennemi de la foi). 


La Conciliation
Dans ces conditions, peut on réellement concilier les deux ? D'après le dictionnaire, la foi est "la croyance ferme en un dogme", qui lui même est défini par : "opinion indiscutable, vérité absolue". Or l'indiscutable et l'absolu sont bien antinomiques avec la posture intellectuelle ouverte de la démarche scientifique qui oblige les chercheurs à adopter une ouverture d'esprit maximale, et à proposer les outils pour se faire contredire.

Si l'on s'arrête aux définitions, cela semble donc très ardu. En théorie, les démarches sont opposées. En pratique, fort heureusement, de nombreux croyants n'ont pas d'animosité particulière vis a vis de la science, et les scientifiques ne sont pas (partout) menacés par les croyants.

A mon sens cette coexistence généralement pacifique tient à plusieurs facteurs:
  • Souvent, il existe un amalgame entre foi et croyance. La croyance (au sens d'une hypothèse adoptée temporairement) et la science sont probablement compatibles. Aussi, fort heureusement, la plupart des croyants, surtout dans les pays occidentaux, n'ont pas une foi aveugle. En réalité bien des croyants se déclarent d'une religion par identité culturelle, rituelle, culturelle, familiale, plus que par la foi. Or la croyance n'est rien d'autre qu'une hypothèse. Et tout scientifique a le droit d'émettre une hypothèse. Savoir si elle est plausible ou pas, c'est une autre histoire. Tout scientifique qui n'a pas la foi n'aura aucune difficulté à revenir sur ses croyances sans mettre en péril sa stabilité intellectuelle. En revanche, la démarche scientifique et la foi ne sont par construction pas conciliables.
  • Ce qu'il est commun d'observer, ce sont des scientifiques qui ne peuvent ou ne veulent appliquer une démarche scientifique à tous les aspects de leur existence, soit par choix (tout à fait respectable), soit par pression sociale, soit par confort. Mais il est bien évident qu'un démarche scientifique poussée n'est pas compatible avec une acceptation sans preuve.
  • Dans la vie quotidienne, rares sont les occasions où foi et démarche scientifique s'opposent. Il faut souvent pousser les raisonnements jusqu'au bout, réfléchir et se projeter pour qu'apparaissent les incompatibilités.
  • Tout comme dans la chanson de Luc Plamondon/Michel Berger
    J'aurais voulu être un artiste ...
    Pour pouvoir être un anarchiste
    Et vivre comme... un millionnaire
    Il existe des incompatibilités fondamentales qui passent bien auprès du public...
  • La dissonance cognitive permet aux être humains de mettre de côté les aspects trop dérangeants de la réalité et de s'en accommoder en la réécrivant. Ceci se résout en recourant à l'un ou l'autre des nombreux biais cognitifs, par exemple le "tri de données" permettant de se focaliser sur les points arrangeants. 
  • De nombreuses frontières fantasmées (e.g. matière/esprit, physique/mental, biologie/culture, nature/société, sciences/arts) permettent de ranger science et religion dans des compartiments bien étanches. Elles sont ainsi moins sujettes aux conflits. 
  • La science a des prétentions extrêmement modestes mais un pouvoir explicatif énorme. La religion a des prétentions énormes, mais un pouvoir explicatif quasi-nul (quand on dit que Dieu a crée l'Univers, on ne répond pas à la question des origines, pas celles de Dieu en tout cas). Selon ses aspirations, son caractère et sa philosophie de vie, on peut donc piocher dans le réservoir à réponses ou dans celui du réconfort. Quand on ne cherche pas la même chose, il est naturel que l'on se rencontre moins et cela limite a fortiori les conflits. 
Quand on lit cet article du Figaro.fr du 18 février 2011, on s'inquiète : voir les noms de Jean Staune et des frères Bogdanov n'est pas de bon augure. On y lit ensuite que "La physique ne peut pas répondre à elle seule à la question "Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien"". 


Je rétorquerais ceci :


La religion cherche à tout prix à répondre aux préoccupations des hommes alors que la science leur explique qu'elles sont illégitimes. Comme dans Matrix, chacun est libre de prendre la pilule bleue ou la pilule rouge, l'important, c'est d'être heureux :)






PS:
Qu'est ce qu'une question qui n'a pas de sens ?


"Pourquoi bleu ?" est une question qui n'a pas de sens intrinsèque, et pourtant rien ne vous empêche de la poser. Si la science ne peut vous répondre, ce n'est pas parce qu'elle ignore la réponse, mais parce que la question est stupide et n'en appelle aucune. Notre nature d'être humain nous amène ainsi souvent à inventer du sens là où il n'y en a pas. La question "Pourquoi y-a-t il quelque chose plutôt que rien" est probablement à ranger dans cette catégorie, mais c'est une autre histoire ....



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mardi 5 avril 2011

Ordres de grandeur de radioactivité

Depuis quelques semaines, suite au drame effroyable que vivent les Japonais, nous recevons tous beaucoup d'information concernant la radioactivité : chiffres abscons, unités exotiques, contradictions et erreurs fréquentes ne nous permettent pas d’appréhender "sereinement" le risque.
Pour commencer, ce site permet de mieux comprendre ce phénomène physique très anxiogène.

La radioactivité au quotidien
Afin de se faire une idée des différents ordres de grandeurs, je vous propose une visualisation interactive de certains phénomènes radioactifs qui nous entourent, en mSv (millisievert).

En bas à droite de chaque écran, utiliser le bouton gauche de la souris pour aller au niveau inférieur.
Utiliser le bouton droit pour revenir au niveau précédent.







Cette animation a été réalisée à partir de cet excellent graphique ainsi que celui-ci (en anglais):


Quelques idées reçues
  • La fission nucléaire n'est, pas plus que le rire, le propre de l'homme. Saviez vous qu'il existait sur Terre des réacteurs nucléaires naturels ? En effet dans la province d'Oklo au Gabon, des réactions de fissions nucléaires se sont produites pendant des centaines de milliers d'années sans aucune intervention humaine !
  • L'hypothèse dénommée effet Hormésis ou effet Hormèse qui prétend qu'en dessous d'un certain seuil, la radioactivité peut être bénéfique n'est pas celle retenue par la communauté scientifique. On lui préfère le modèle linéaire sans seuil qui veut que le risque soit proportionnel à la dose reçue. Cependant, en dessous de certaines doses, aucun problème de santé ne peut être constaté: les effets prévus par le modèle sont si peu fréquents, qu' il est en effet impossible d'établir une signifiante relation de causalité entre exposition aux radiations de très faible dose et déclenchements d'effets secondaires. Ce modèle est donc retenu d'une part pour répondre aux exigences du principe de précaution, d'autre part car il n'est pas plus mauvais que les autres, tout en étant plus simple. Par ailleurs, aucun modèle ne parvient à expliquer les résultats de toutes les études statistiques (fort heureusement trop rares).
  • La demi-vie d'un élément radioactif n'est pas la moitié de sa vie ! La demi vie de l'iode 131 est de 8 jours. Cela signifie qu'au bout de 8 jour, la moitié des atomes d'iode 131 se seront transmutés en autre chose (parfois lui même radioactif). Lorsque 2 demi-vies seront écoulées, une moitié de la moitié qui reste se sera à nouveau transformé et ainsi de suite. Il faut donc une dizaine de demi-vies pour que la radioactivité devienne négligeable (80 jours environs pour l'iode 131, 300 ans pour le césium 137).


  • De l'uranium est présent en grande quantité dans votre jardin ! Plus abondant dans la nature que l'or ou l'argent, sachez que selon les terrains, une parcelle de jardin de 400m2 sur 10 mètres de profondeur peut en contenir 24 kg. On en trouve également dans l'eau de mer (3 mg par m3 environ).
  • Chez les survivants irradiés d'Hiroshima et Nagasaki, exposés à des doses de plusieurs centaines de mSv, l'augmentation en 40 ans des cancers mortels n'est que de 4,6 % !
  • On est irradié lorsque l'on reçoit un rayonnement ionisant, qui peut endommager les cellules et l'ADN. On est contaminé lorsqu'une source de radiation s'est déposée sur le corps (on parle de contamination externe) ou a été ingérée ou inhalée (contamination interne). Cette dernière est bien évidement plus redoutable puisqu'il est impossible d'éloigner de la source de rayonnement.
  • En cas de grand danger, les pastilles d'iode ne protègent que si elles sont prises au bon moment et ne sont efficaces que contre l'iode radioactif (et pas contre le césium, ou autre substance radioactive issue des produits de fission).
  • Il y a plusieurs types de radioactivité. La radioactivité alpha est arrêtée par une simple feuille de papier (ce qui la rend d'ailleurs difficilement détectable). Elle n'en reste pas moins redoutable. Elle est responsable de la mort de l'ancien espion russe Alexander Litvinenko en 2006, empoisonné par 10 micro grammes de Polonium 210. La radioactivité beta est arrêtée par l'aluminium, et la gamma par une épaisse couche de plomb.

Pour vous tenir informer
En savoir plus




lundi 28 mars 2011

Miracle à Lourdes et Drame au Japon

C'est hier, alors que les annonces dramatiques quant à l'état de la centrale de Fukushima pleuvaient, que l'Eglise Catholique a choisi de reconnaître officiellement une guérison miraculeuse (de plus) à Lourdes.

Sachez en effet qu'il existe un  Comité Médical International de Lourdes chargé de constater les guérisons miraculeuses. Soixante huit miracles sont ainsi officiellement reconnus à ce jour par l'Eglise.

Sachant qu'il est statistiquement constaté qu'il n'y pas plus de guérisons à Lourdes qu'ailleurs, l'existence même de ce site n'est t-elle pas un soixante neuvième miracle ?

Quoiqu'il en soit, nous sommes tous ravis d'apprendre que Serge François, qui souffrait depuis des années d'une hernie discale et de douleurs à la jambe gauche fut guéri suite à un voyage à Lourdes. Pas d'explication en revanche sur le triple drame japonnais et les dizaines de milliers de morts qu'il a provoqué.

L'ubiquité n'est plus ce qu'elle était.


Source:
http://www.lepoint.fr/societe/l-eglise-reconnait-officiellement-un-miracle-a-lourdes-27-03-2011-1312064_23.php

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jeudi 20 janvier 2011

La cosmologie moderne en 65 minutes


Laurence Krauss est surnommé le Woody Allen de la cosmologie. Si vous parlez anglais, regardez cette présentation passionnante et vous comprendrez pourquoi :)

mercredi 8 décembre 2010

Des frontières fantasmées

Parmi tous les dogmes qui nous entourent, les plus fondamentaux sont aussi les plus méconnus. La raison de cette ignorance tient en partie à la profonde remise en cause de nos modes de pensée qu'exige cette démystification. Douter de l'efficacité homéopathique ou ne plus se fier à notre thème astral est une chose, mais revoir en profondeur ce qui fait le socle de nos repères et de notre construction sociale est bien plus ardu.

Aussi, nous aborderons dans ce billet trois dogmes omniprésents qui sont fortement ébranlés par la science contemporaine : l'ardoise vierge, le bon sauvage et l'esprit dans la machine. Mais attachons nous d'abord à comprendre l'origine des ces idées reçues, voire construites....

La dichotomie comme mode de penser
De notre naissance jusqu'à notre mort, nos pauvres cerveaux d'humains tentent de ranger les concepts et les informations en catégories. Aussi, nous établissons inévitablement des frontières afin de fixer la limite de nos connaissances. Il y a le jour et la nuit, le début et la fin, le bon et le mauvais, etc..

Mais, par définition, une frontière n'a pas de réalité physique, elle relève d'un modèle mathématique, d'une idéalisation du monde (quand débute le jour ? qu'est ce qui est bien ? Où s'arrête le monde microscopique ?)

Aussi, dans l'histoire, toutes les frontières imaginées ont au mieux évolué, au pire totalement disparu. Il y a encore peu de temps, l'électricité et le magnétisme étaient des phénomènes distincts. Puis les deux furent unifiés par l'électromagnétisme. De même pour les ondes et la matière, réconciliées par la physique quantique. Plus la science avance, et plus les frontières qu'elle s'est elle même imposée afin d'assurer un cadre de validité pour ses théories s'amenuisent puis disparaissent. La grande unification entre l'infiniment petit et l'infiniment grand est d'ailleurs le Saint Graal de la science.

Malheureusement, si le monde scientifique progresse volontiers et s'affranchit des frontières périmées, il n'en va pas de même dans les mentalités communes.

Le coeur a longtemps été le siège des émotions, et il le reste dans le langage courant. Pourtant c'est bien un cardiologue que vous devez consulter si vous avez des palpitations. Mais il est des frontières virtuelles qui subsistent par méconnaissance ou par idéologie :
  • Matière vs Esprit (on sait depuis longtemps que le cerveau est le siège de la pensée, un esprit sans corps est une ineptie).
  • Physique vs Mental (les dysfonctionnements comportementaux peuvent avoir des causes chimiques)
  • Biologie vs Culture ( c.a.d. le vieux débat inné vs acquis)
  • Sciences  vs Arts  (il existe aujourd’hui des ordinateurs capables de composer des symphonies, le génie artistique est modélisable, comme le reste)
  • Nature vs Société  (La Nature, c'est bien / Le Bio / Le naturel versus L'homme/le chimique/ les perversions etc... )
  • Ce que la science adresse vs Ce qui relève de la foi. Il est possible que la connaissance scientifique et la foi soient temporairement étrangères et ne s'excluent pas mutuellement. En revanche, la démarche scientifique est par définition et par construction incompatible avec toute forme de foi (on parle de foi, pas de croyance). Il est néanmoins possible de s'en accommoder au quotidien. Mais l'incompatibilité demeure et se rappelle à nous lors de toute analyse fouillée. 
Or, dans notre compréhension du monde en général et de la nature humaine en particulier, cette vision dichotomique du monde est certes utile à notre vie quotidienne, mais se révèle particulièrement handicapante lorsqu'une analyse objective est requise.

Les causes idéologiques
Si bon nombre de limites fantasmées ont pour origine un simple manque de connaissance, certaines frontières sont en revanche construites sciemment dans un but idéologique. Par exemple, suite aux dérives eugéniques, un courant de pensée comportementaliste a littéralement décrété que tout être humain était tel une ardoise vierge que l'on pouvait modeler à n'importe quelle image. Autrement dit, l'importance des caractères génétiques, i.e. hérités, fut longtemps et reste encore aujourd'hui complètement tabou.

Nous pouvons aisément concevoir que cette vision du monde puisse lutter efficacement contre le racisme, et éviter de nouveaux drames tels que ceux que le 20ème siècle a connus. Pour autant, légitimer l'existence d'une frontière dans un seul but idéologique ne relève pas d'une démarche scientifique. Par ailleurs, le dogme de "l'ardoise vierge" donne lui même lieu à des dérives inacceptables, comme le fait de culpabiliser des parents pour une prétendue mauvaise éducation responsable de tous les maux (même de l'autisme, comme certains le prétendaient dans les années 70 !) alors qu'avoir conscience de causes génétiques les disculperait.

De même, prétendre comme Gould que la foi et la science ne sont pas incompatibles est un voeu pieu visant à   éviter les conflits, au prix d'un hypocrisie inévitable. En effet, cette posture oblige à une dissonance cognitive permanente que seule une dose massive de paracétamol parvient à dissiper.

Steven Pinker, dans son excellent livre The Blank Slate, cite trois des plus grand dogmes de notre temps qui correspondent à des frontières fantasmées. Cet ancien professeur du département de neurosciences du MIT les déconstruit avec brio et nous éclaire sur la véritable nature humaine.

L'ardoise vierge
Biologie vs culture
L'idée que l'homme est une ardoise vierge et que seules les interactions sociales vont modeler son comportement est véritablement un dogme. Les caractères génétiques ont un rôle primordial y compris dans la vie sociale et même le développement cognitif. D'ailleurs, la frontière entre inné et acquis, comme toutes les autres, est une aide psychologique qui tend à disparaître. Biologie et culture se mêlent constamment, génétique et épigénétique sont indissociables dans la construction d'un individu.

Le bon sauvage
Nature vs société
Le bon sauvage est l'idée extrêmement répandue que c'est la société qui corrompt l'homme, mais que ce dernier est naturellement bon  (ou l'inverse, selon le dogme, cf. Rousseau).
La Nature, c'est bien, l'homme, c'est méchant. L'absurde distinction entre l'Homme et la Nature est pourtant omniprésente de nos jours encore (c.f. certains extrémistes écologiques et "bio"). Pourtant que je sache, l'homme fait partie de la nature, ce qu'il fait n'est-il pas aussi naturel que le miel des abeilles ? Notre anthropocentrisme nous pousse à répondre non....

l'esprit dans la machine
Esprit vs Matière
Une autre dichotomie très répandue est celle du corps et de l'esprit. Elle fait allusion au dualisme Esprit-Matière de Descartes. On parle d'esprit dans la machine (Ghost in the Machine). Elle sous entend que le corps est une simple machine qui obéit aux lois physiques, alors que l'esprit est une entité indéfinissable et soumise au libre arbitre. Or il n'est pas un comportement humain qui ne puisse s'expliquer par des interactions strictement chimiques, de l'amour à la colère, en passant par la conscience....

Conclusion
Toutes les frontières, fussent elles utiles à notre compréhension du monde, sont susceptibles de disparaître. A un instant donné, elles permettent de matérialiser une limite temporaire et fixée arbitrairement. Mais les ériger en  séparation absolues et intemporelles est extrêmement imprudent.

Brider le champs de la science à des fins idéologiques est à la fois inefficace et dangereux. L'épistémologie devrait sur ce point nous rendre plus humble et nous éviter de créer de nouvelles frontières juste pour éviter d'éventuelles dérives. Décréter que certaines questions ne peuvent être traitées par la science est aussi péremptoire que de dire qu'il ne reste rien à découvrir (1).

Notes:
(1) Comme Laplace en son temps, puis Rayleigh en 1890 qui pensait que l'on avait tout découvert en physique, à l'exception de deux petits points de détail qui restaient à éclaircir. Ces "détails" donnèrent lieu respectivement à la découverte relativité restreinte et à la physique quantique, rien que ça. .....


Pour en savoir plus:
Version française: Comprendre la Nature Humaine


mercredi 24 novembre 2010

Profilage et efficacité des fouilles dans les aéroports

Enlever sa veste, fouiller dans ses poches, puis retirer sa ceinture avant de se déchausser rapidement, tout le monde a déjà vécu cela...dans les aéroports. Les fouilles aléatoires font partie du quotidien pour tous les voyageurs de notre temps. On peut légitimement se questionner sur l'efficacité de ces mesures de sécurité.

En particulier il est mathématiquement sensé de se demander si l'aspect aléatoire des fouilles est d'une efficacité optimale. Lorsque la police recherche un malfaiteur, il en est fait un portrait robot, et s'il s'agit d'un grand blond type scandinave, alors nul besoin de fouiller des pygmées.

D'où le problème soulevé par certains scientifiques et politiques américains et anglais afin d'aider à améliorer la sécurité des systèmes de sécurité: est-ce que fouiller en priorité une catégorie de la population selon des critères (pays d'origine, origine ethnique, culturelle, signes physiques distinctifs, etc..) correspondants au profil type du criminel/malfaiteur/terroriste recherché est efficace ?

Evidemment, le fait même de l'évoquer soulève de nombreux problèmes éthiques, et on peut aisément imaginer la contre productivité de ce type de mesures chez tous les innocents fouillés de façon répétée, ainsi que la dangereuse stigmatisation (mot très à la mode) d'une partie de la population.

Mais, restons dans la suite sur un point de vue strictement mathématique.

La théorie
Une étude montre que contrairement aux idées reçues et surtout à notre intuition, classer les gens par "risque" décroissant et les fouiller dans cet ordre n'est pas plus efficace qu'une fouille aléatoire.

Cela est du en partie à trois points:
  • en utilisant cette technique, les gens innocents qui sont décrits par le "portrait robot" sont fouillés trop souvent
  • le profil type des personnes à risque est difficile à établir 
  • puisqu'il n'y a pas d'historique, vous pouvez être fouillé plusieurs fois
En revanche, l'étude montre qu'il est optimal de fouiller les gens en fonction de la racine carré du risque qu'il ont d'être des criminels potentiels. Autrement dit, il est naturel de fouiller en priorité la population "à risque" mais pas linéairement en fonction de ce risque.

Dit encore autrement, cela est plus efficace mais pas autant que ce à quoi l'intuition nous prépare.


La pratique:
Le recours au hasard est facile à mettre en place et est très efficace.

La technique de la racine carrée est plus efficace, mais aussi plus difficile à mettre en place.

L'échantillonnage par la racine carrée permet de sélectionner des groupes considérés comme cent fois plus dangereux selon une gamme diverse de critères. Par exemple, les personnes retenues seraient inspectées au hasard dix fois plus souvent que les autres passagers. 

Les facteurs de risque devraient être stockés dans un ordinateur qui appliquerait automatiquement la règle de la racine carrée. Ainsi, lorsque les voyageurs passeraient dans un portique de sécurité à l'aéroport, l'ordinateur avertirait les autorités du risque présenté par l'individu.


Conclusion:
  • En théorie, le profilage selon des critères ethnique/culturel/etc... est plus efficace que la fouille aléatoire, mais pas autant que ce à quoi l'intuition nous prépare. Une fois de plus, méfions nous de l'intuition.
  • En pratique, il est (trop) difficile et coûteux à mettre en oeuvre à ce jour.

Mais de là à résumer les résultats de ces études par ce genre de titres...:

...il y a un fossé que de certains franchissent allègrement (même si l'on peut comprendre les motivations idéologiques et humanistes très louables sous-jacentes).

Travestir ainsi les résultats, c'est dé-crédibiliser la science. Il y a plein de bonnes raisons pour ne pas limiter la fouille à une catégorie trop restreinte de la population (pratiques, éthiques, sociales). Nul besoin pour cela que les journalistes fassent  mentir les chiffres.....


Pour en savoir plus:
Le profilage ethnique jugé inefficace
La publication scientifique est disponible ici.

mercredi 6 octobre 2010

L'effet Thatcher

Reconnaître un visage est chose aisée pour la plupart d'entre nous. Pourtant, il est ardu de réaliser efficacement une tâche similaire sur un ordinateur.
Loin d'en déduire une supériorité de nos méninges sur nos cousins de silicium, les scientifiques tentent de comprendre les mécanismes de détection et de reconnaissance des visages. En fait, comme souvent, notre cerveau "triche" en utilisant des heuristiques, c'est à dire des approximations qui permettent à un algorithme d'être plus rapide et efficace dans la plupart des cas. Le tribu à payer est un échec lamentable de ce même algorithme dans des conditions (fort heureusement) marginales.

Cette petite vidéo illustre à merveille un de ces cas peu courant dans la vie d'un homme qui met à défaut notre algorithme d'analyse des visages....



Aussi, en attendant que nos sociétés développent un environnement dans lequel "détecter des incohérences dans un visage à l'envers" devienne un avantage sélectif tel que nos descendants puissent espérer  hériter d'un algorithme amélioré (ce qui n'est pas gagné), méfiez vous de ce que vous voyez :)  

Vous pouvez en savoir plus sur l'effet Thatcher (tiré pour l'anecdote du personnage politique éponyme ...) ici.