En réaction aux produits de synthèse, arômes artificiels et autres conservateurs et colorants, l'agriculture "biologique" est en pleine expansion.
Mais vous êtes vous jamais demandé quelle était la différence entre un produit naturel et artificiel ? Bien entendu, nous croyons tous la connaître : un produit naturel est le fruit de la nature, alors qu'un produit artificiel a été crée ou modifié par l'homme. Mais comme nous le verrons un peu plus loin, cette définition est insatisfaisante.
Par ailleurs, avouons le tous, les produits dits artificiels ou chimiques (pourtant tout est chimique, même le naturel !) pâtissent d'une connotation péjorative quasi systématique. Le lien imaginaire "naturel=bon", "artificiel=homme=mauvais" est tel que certaines personnes se demandent concernant les cigarettes pourquoi on y ajoute tant de produits toxiques !!! Non, la fumée de tabac est un produit naturel qui contient de nombreuses substances dangereuses : goudron, nicotine, monoxyde de carbone, aldéhydes, ... Que vous cultiviez votre tabac "bio" n'y changera rien, le produit de la combustion sera tout aussi délétère.
Mais vous êtes vous jamais demandé quelle était la différence entre un produit naturel et artificiel ? Bien entendu, nous croyons tous la connaître : un produit naturel est le fruit de la nature, alors qu'un produit artificiel a été crée ou modifié par l'homme. Mais comme nous le verrons un peu plus loin, cette définition est insatisfaisante.
Par ailleurs, avouons le tous, les produits dits artificiels ou chimiques (pourtant tout est chimique, même le naturel !) pâtissent d'une connotation péjorative quasi systématique. Le lien imaginaire "naturel=bon", "artificiel=homme=mauvais" est tel que certaines personnes se demandent concernant les cigarettes pourquoi on y ajoute tant de produits toxiques !!! Non, la fumée de tabac est un produit naturel qui contient de nombreuses substances dangereuses : goudron, nicotine, monoxyde de carbone, aldéhydes, ... Que vous cultiviez votre tabac "bio" n'y changera rien, le produit de la combustion sera tout aussi délétère.
En 1957, le biologiste moléculaire Ernest Kahane écrivait:
Aliments naturels et artificiels.
Existe-t-il des aliments « naturels » ? Y a-t-il une façon « naturelle » de se nourrir ? Le « naturel » est-il un gage de supériorité en matière alimentaire ? Ces questions sont posées – de façon généralement implicite – par certaines propagandes et publicités, et la réponse qui leur est donnée influence les habitudes alimentaires d’une partie du public. Nous nous demanderons si c’est à juste titre, et s’il ne s’agit pas des effets d’une phobie irraisonnée ou mal informée. Il ne s’agit pas d’épuiser le sujet, qui est des plus vastes, nous prendrons comme exemples le pain et le vin, à propos desquels on oppose plus souvent encore qu’ailleurs, les produits considérés soit comme naturels soit comme artificiels.
Le pain
Prenez parmi d’autres une herbe de la prairie, dont les graines, quoique rares et misérables, semblent propres à nous alimenter. Soignez-la avec tout l’amour du jardinier attentif, vous en ferez, les générations aidant, la plante blé, aux lourds épis gorgés d’amidon et de gluten, dont les qualités ne persisteront qu’au prix d’une culture savante et de soins incessants, comportant notamment le contrôle de la semence et la restauration d’un sol épuisé par la végétation forcée.
Récoltez les épis, battez les, séparez le grain de la balle, laissez le reposer, broyez le, écartez le son indigeste et irritant, laissez encore reposer la farine. Telle quelle, celle-ci n’est guère appétissante et nutritive. Malaxez la longuement avec de l’eau salée pour en faire une pâte lisse, cette pâte ne sera pas encore un bon aliment.
Si vous inventez de la cuire au four, nouveauté dans l’histoire du monde, vous aurez des galettes compactes, modérément appétissantes et digestibles. Servi par le hasard et les tâtonnements, vous découvrirez un jour que cette pâte, si elle est faite de façon malpropre, gonfle au repos, et fournit à la cuisson une matière légère, de saveur agréable, que vous nommerez pain, et vous vous habituerez à favoriser cette transformation en ajoutant à votre pâte de chaque jour un peu de pâte de la veille, que vous appellerez levain. Après des millénaires de routine et des siècles d’efforts réfléchis, un certain Pasteur vous apprendra que vous provoquez ainsi l’ensemencement par une moisissure, et vous montrera comment agir à coup sûr.
Qu’est-ce qui est naturel dans cette longue histoire où nous voyons se déployer au long des générations tout l’industrieux génie humain ? A quelle étape devrions-nous nous arrêter pour que la fabrication soit à considérer comme naturelle en-deça, comme artificielle au-delà ?
Le vin
La soif n’est pas moins impérieuse que la faim, et ne se contente pas toujours de l’eau des fontaines. Au besoin d’eau, qui est commun à tous les êtres vivants, l’homme ajoute le besoin d’excitants et de stimulants. Nous ne savons pas encore à quoi répond ce besoin, qui n’est pas spontané, qui est certainement acquis, mais nous pouvons affirmer qu’il n’est pas le seul effet de l’habitude, en constatant qu’il est universel, qu’il est commun à tous les groupes ethniques, quel que soit leur degré d’évolution.
Il est satisfait par une industrie plus étrange encore que la précédente. Parmi les innombrables variétés de putréfactions que nous observons, il en est qui attaquent les fruits avec un bouillonnement à la suite duquel leur jus, ayant perdu sa saveur sucrée, a gagné une vertu capiteuse à laquelle nous trouvons de l’agrément. Plus le fruit est sucré, plus est puissant l’effet du jus qu’il donne par cette « fermentation ».
Nous avons savamment éduqué la plante nommée vigne de façon qu’elle fournisse en abondance des grappes de fruits particulièrement riches en sucre, nous avons appris à connaître les lieux où sa culture est la plus efficace, et les soins assidus grâce auxquels elle fournit le résultat jugé le plus satisfaisant par un palais devenu lui-même de plus en plus exigeant. Nous avons discipliné la fermentation, en opérant de préférence sur le liquide qui s’écoule du fruit écrasé. Nous avons inventé un grand nombre de précautions, et nous les observons pour la durée de chacune des opérations successives, pour la température à laquelle elles se déroulent, pour le repos à l’obscurité auquel nous soumettons le produit obtenu, et même pour le choix des récipients de fabrication puis de conservation.
Nous avons lutté de notre mieux contre les putréfactions parasites qui entrent en concurrence avec celle que nous voulons favoriser, nous avons beaucoup tâtonné, et n’avons pas toujours été heureux dans les moyens employés. C’est que nous agissions à l’aveuglette, arrosant les vignes de cuivre ou soufrant les futailles, sans bien savoir ce que nous faisions et pourquoi nous le faisions. Le même Pasteur a commencé à nous guider, et il nous a singulièrement surpris en nous apprenant que c’est la même moisissure qui provoque la fermentation de la pâte à pain et celle du moût de raisin.
Je poserai au sujet du vin la même question qu’au sujet du pain. En quoi le vin, effet de l’industrie humaine, serait-il un produit naturel ? Et en vertu de quoi l’emploi de tel artifice serait-il conforme à la « nature », et celui de tel autre étranger à la « nature » ?
D'où vient cette étiquette négative que nous donnons aux produits crées par l'homme ? Difficile de le savoir avec certitude, mais (hypothèse) serait-il possible que les philosophies théistes y soient pour quelque chose ? En effet, les principales religions parlent de création de l'homme ET de la nature. Aussi, dans cette conception, ce que crée l'homme n'est pas naturel alors que ce qu'engendre la nature le reste. Il serait intéressant de mesurer cet a priori chez les peuplades panthéistes (y en a-t-il dans l'assistance ?).
Or depuis Darwin, la sélection naturelle nous a montré que l'homme était lui même le fruit de la nature, et on peut logiquement penser que ses créations ne puissent prétendre à échapper au qualificatif "naturel". La frontière naturel-artificiel relève une fois de plus de notre vision dichotomique du monde, mais est difficilement définissable objectivement.
Le barrage d'un castor est-il naturel ou artificiel ? Quid du nid d'un oiseau ? Si l'on considère de plus que :
Tout devient moins clair....Le barrage d'un castor est-il naturel ou artificiel ? Quid du nid d'un oiseau ? Si l'on considère de plus que :
- il existe de nombreuses substances naturelles toxiques (curare, toxine botulinique, digitaline, fumée de tabac...)
- ...et autant de produits artificiels bénéfiques (médicaments, ...)
- que les substances naturelles sont souvent non purifiées i.e. non contrôlées contrairement aux substances synthétiques
Alors que faire ?
Arrêter d'acheter du bio et se gaver de colorants et conservateurs ? Certainement pas ! Les colorants ne sont ni utiles ni bénéfiques à notre alimentation, alors il est logique de privilégier les produits qui n'en n'ont pas ! Quant aux conservateurs, si on peut manger des fruits plus frais et s'en passer, faisons le !
Il ne s'agit pas donc pas de décrier le courant "bio" qui existe aujourd'hui puisqu'il contribue à manger plus sainement, mais simplement de rappeler qu'il ne faut pas faire d'amalgame et se tromper d'ennemi : l'"artificiel" n'est pas l'ennemi. L'ennemi, ce sont les substances nocives et/ou inutiles dans notre alimentation (et il y en a beaucoup...) qu'elles soient "naturelles" ou "artificielles". Si le "bio" peut nous aider à en consommer moins, alors tant mieux.
On peut simplement regretter que le terme "bio" ne veuille pas dire grand chose et espérer que la communication afférente ne vienne pas renforcer nos a priori ancestraux sur l'exception humaine.
Arrêter d'acheter du bio et se gaver de colorants et conservateurs ? Certainement pas ! Les colorants ne sont ni utiles ni bénéfiques à notre alimentation, alors il est logique de privilégier les produits qui n'en n'ont pas ! Quant aux conservateurs, si on peut manger des fruits plus frais et s'en passer, faisons le !
Il ne s'agit pas donc pas de décrier le courant "bio" qui existe aujourd'hui puisqu'il contribue à manger plus sainement, mais simplement de rappeler qu'il ne faut pas faire d'amalgame et se tromper d'ennemi : l'"artificiel" n'est pas l'ennemi. L'ennemi, ce sont les substances nocives et/ou inutiles dans notre alimentation (et il y en a beaucoup...) qu'elles soient "naturelles" ou "artificielles". Si le "bio" peut nous aider à en consommer moins, alors tant mieux.
On peut simplement regretter que le terme "bio" ne veuille pas dire grand chose et espérer que la communication afférente ne vienne pas renforcer nos a priori ancestraux sur l'exception humaine.